14 février.
Il n’y avait qu’une personne dans la chambre et le seul bruit qu’un témoin aurait pu entendre, c’était le grincement de sa plume qui courait sur le papier.
Mais nul n’était là pour lire par-dessus son épaule ce qu’elle écrivait. Et, ces lignes, quelqu’un les eût-il lues qu’il aurait douté de ses yeux. Car c’était là, tracé en clair et soigneusement étudié dans tous ses détails, le plan d’un meurtre.
Un plan établi avec minutie par une froide intelligence, parfaitement maîtresse d’elle-même et dont toutes les pensées convergeaient vers un même objet : la destruction d’un être humain.
Toutes les éventualités, toutes les possibilités avaient été prévues : il fallait que la chose se fît.
Le plan, comme tous ceux qui ont quelque valeur, n’était pas d’une rigidité absolue. On avait arrêté des lignes de conduite différentes, entre lesquelles on choisirait selon les circonstances. Mieux, on avait fait à l’imprévisible une part raisonnable. Mais l’essentiel était déterminé, qui ne changerait pas. Tout était décidé : l’heure, l’endroit, le moyen, la victime…
La personne qui écrivait leva la tête, ramassa ses feuillets, les classa et les relut avec attention.
Tout cela présentait une limpidité de cristal. Un sourire passa sur son visage. Un sourire qui n’était pas celui d’une créature équilibrée.
Oui, tout était prévu. On avait escompté les réactions de chacun, tablé sur les bons sentiments des uns et des autres, et aussi sur ce qu’il y avait de mauvais en eux. Tout fonctionnerait harmonieusement.
Il ne manquait plus qu’une chose : la date.
Elle fut portée sur le document. C’était un jour de septembre.
Puis, avec un sourire, l’auteur du plan déchira les feuillets et, traversant la pièce, alla jeter les morceaux dans le feu. La négligence n’était pas son fait, il veilla à ce que tout fût consumé et détruit.
Le plan n’existait plus maintenant que dans le cerveau qui l’avait conçu.